Groupe X-Démographie-Economie-Population

 

Exposé du mardi 12 octobre 2010

 

Maternité et famille dans les médias.

 

Par Madame Jeanne Smits

Directrice et Editrice du quotidien « Présent »

 

            Autrefois, et jusque dans les années 1960, les contes se terminaient par « Ils se marièrent, furent très heureux, vécurent très longtemps et eurent beaucoup d’enfants », puis vint la contraception qui est un véritable changement de civilisation…

            Avec une moyenne de seulement 1,5 enfant par femme, l’Europe d’aujourd’hui fait face à une crise démographique majeure. Bien entendu chacun pense aussitôt à la pointe de l’iceberg : le problème des retraites comme s’il n’y avait que cela en jeu, et l’on discute âprement de la répartition et de la capitalisation sans vouloir reconnaître que, sauf changements essentiels, ces deux systèmes ne tiendront pas longtemps face à une crise pareille.

 

            Une petite discussion avec l’auditoire au sujet du nombre moyen d’enfants par femme pour l’équilibre démographique. Ce nombre était très élevé autrefois à cause de la grande mortalité infantile et juvénile. Il est de 2,1 dans les sociétés modernes à mortalité infantile inférieure à 1%, du moins aussi longtemps que le ratio garçons-filles reste voisin de sa valeur naturelle qui est 1,06. Il devrait être plus élevé en Chine où ce ratio garçons-filles atteint 1,19… Il pourrait théoriquement être inférieur à 2 dans une société où l’on privilégierait les naissances de filles.

 

            Aussi bien dans les milieux aisés (Le Figaro) que dans les milieux populaires (Modes et Travaux), les médias ont une image positive des enfants et de la maternité.

Il faut cependant relativiser ce constat.

A ) L’enfant y est souvent considéré comme une sorte de « bien de consommation », on y parle du « droit à l’enfant », on y a des enfants pour soi et non pour eux.

Ceci se concrétise dans les chiffres : il y a eu en France 6 millions d’avortements depuis 1975, pour la plupart « de convenance », et aujourd’hui 90% des enfants trisomiques sont avortés. Il arrive même souvent que l’on avorte un enfant dans un cas douteux, pour s’apercevoir après qu’il était parfaitement sain…

B ) L’image de la « mère au foyer » est mauvaise, elle ne saurait, dans la mentalité « politiquement correcte », être une femme heureuse et accomplie, même si l’on admet du bout des lèvres qu’elle est quand même utile à la société. Il suffit de considérer la question si courante « Est-ce que votre femme travaille ? » (au lieu de « Est-ce que votre femme exerce une activité professionnelle ? »), comme si une mère de famille nombreuse passait ses journées dans l’oisiveté ! C’est la logique de la société du paraître et de l’avoir, pas celle de l’être.

Rappelons tout de même qu’aujourd’hui en France la moitié des mères de trois enfants sont des mères au foyer et qu’il est impossible d’avoir un équilibre démographique si tant de couples n’ont pas d’enfants ou en ont seulement un et si nul n’en a plus de deux.

A ce sujet, je voudrais faire remarquer combien la mentalité générale est différente en Afrique subsaharienne, mais je dois reconnaître que là aussi il y a évolution sous différentes influences, en particulier sous celle des téléfilms américains et des télénovelas d’Amérique latine.

Ceci dit, je reconnais volontiers que pour la plupart des jeunes, la famille reste la valeur refuge, la valeur suprême. Mais il y a tout de même un divorce pour trois mariages (et même un pour deux en Ile de France) car l’éducation moderne ne prépare pas aux exigences du mariage et de la famille. Il faudrait apprendre à donner et à recevoir, au lieu de cela on déclare que la « sincérité » et la « franchise » sont les valeurs essentielles, y compris les « sincérités » et les « franchises » successives. Le sens de « l’engagement » est perdu pour beaucoup ou jugé comme contraire à la liberté, comme si l’on pouvait construire un foyer solide et utile sur des bases incertaines et provisoires. Tout au contraire il faut comprendre, et enseigner, que la liberté c’est la possibilité de choisir l’engagement que l’on préfère, mais ce n’est pas la possibilité de le renier à la première difficulté.

Un détail montre l’importance matérielle des situations de famille : parmi les vingt « self made women » les plus riches du monde il y a onze chinoises,  (les trois premières sont chinoises, la quatrième est espagnole et la vingtième est J.K. Rowling, auteure de la série « Harry Potter »). Ces chinoises qui ont bâti des empires économiques, ou bien n’ont pas eu d’enfant, ou bien en eu un seul qui a été élevé par ses grands-parents. Mais cela aussi prélude à un désastre démographique que ne fera qu’accélérer le ratio garçons-filles déséquilibré de 119 garçons pour 100 filles dont nous avons déjà parlé.  

En fait, en tout temps y compris au Moyen-Age, de très nombreuses femmes ont exercé des activités professionnelles, la différence étant que la plupart de ces activités s’exerçaient à la maison…et certes c’est un crève-cœur pour une mère de devoir confier son bébé à une autre femme de 8h à 18h cinq jours par semaine, surtout dans les métiers de peu d’intérêt comme cette aide-comptable que j’ai connue qui aurait bien aimé avoir plusieurs enfants mais qui estimait « ne pas pouvoir se le permettre »… On remarquera qu’un père, même s’il s’occupe très bien de ses enfants, n’a pas ce même crève-cœur.

Il faut comprendre qu’en France nous sommes encore relativement favorisés, avec d’une part des allocations familiales plus conséquentes qu’ailleurs, même si elles ne couvrent plus que 20% du coût de l’enfant, et d’autre part le système du quotient familial qui est simplement l’application du principe républicain « a revenu égal, impôt égal » en tenant compte du fait que les enfants sont eux aussi des citoyens et ont part au revenu familial ; malgré tout ce système est peu répandu ailleurs.

En conséquence les portugais, les espagnols, les italiens rêvent d’enfants mais n’en ont que fort peu, d’autant moins que l’activité professionnelle féminine est peu répandue chez eux.

Une autre conséquence est l’image déformée des familles nombreuses : dans les médias « famille nombreuse » signifie roms, magrébins, africains polygames, et les sondages montrent que beaucoup de français redoutent le voisinage d’une famille nombreuse, ce qui est associé à bruit, dégradations diverses, etc.

Enfin l’analyse des médias conduit à un dernier point en général inaperçu mais tout à fait essentiel : La paternité y est soit totalement absente, soit très déformée. Il conviendrait au contraire de lui rendre la place qu’elle mérite et de promouvoir l’union stable et pérenne, c’est tout de même bien plus important que de s’occuper de l’union homosexuelle !

            Je voudrais ajouter une critique de « l’éducation sexuelle » telle qu’on la fait à l’école aujourd’hui. On y présente la contraception, la pilule, les préservatifs avec deux repoussoirs : d’une part le sida (et les maladies sexuellement transmissibles) et d’autre part la procréation involontaire. Hormis le plaisir sexuel, les côtés positifs de la sexualité sont exclus, et pourtant si les jeunes savaient combien l’union charnelle est unificatrice dans un vrai couple ! N’oublions pas qu’il faut six mois pour que le corps d’une femme s’adapte à la semence de son mari : « Homme et Femme Il les créa et ils seront une seule chair ».  

            Il y a aussi un point très important que l’on a mis longtemps à soupçonner (en partie parce que les inventeurs de la pilule s’efforçaient de ne pas trop y penser). La pilule contraceptive entraîne de toute évidence une transformation hormonale majeure et les études médicales qui ont précédé son autorisation ont en conséquence été très poussées, on peut donc penser que toutes les précautions ont été prises et que ses effets sur la santé sont réellement mineurs.  Cependant il est un domaine qui fut moins étudié : celui des transformations que ces modifications hormonales induisent sur ce qui correspond aux phéromones chez les animaux. Les phéromones sont des substances, des parfums, des odeurs que les animaux émettent en quantités infinitésimales pour se reconnaître les uns les autres, pour signaler tel ou tel état (santé, maladie, chaleur, danger, anxiété, etc.). Il est évident que l’espèce humaine utilise elle aussi ce genre de signaux à notre insu tout comme la vue ou le parfum d’un plat appétissant nous fait saliver et secréter des sucs gastriques indépendamment de notre volonté. On peut donc penser que les modifications hormonales liées aux pilules contraceptives ont plus d’effet que ce que l’on veut bien admettre, même si cela est contraire à notre orgueil et à notre amour-propre, et en particulier que l’on « tombe amoureux » d’une personne autre que celle que l’on « choisirait » dans des conditions naturelles normales.

            Trois observations viennent soutenir ce point de vue. Tout d’abord dans la situation naturelle la tendance ordinaire est à l’exogamie et à la recherche de systèmes immunitaires éloignés tandis que la pilule contraceptive, qui vous met dans un état hormonal voisin de celui de la grossesse, vous fait instinctivement rechercher la protection et donc une certaine endogamie pratique. La deuxième observation est statistique : les couples utilisant la pilule contraceptive ont un taux de séparation de l’ordre de 35 à 40%, tandis que ceux utilisant des méthodes de contraception naturelle n’ont qu’un taux de 2 à 5%. Certes on objectera que parmi ceux utilisant les méthodes naturelles il y a de nombreux couples ayant de forts sentiments religieux, ce qui les incite aussi à la fidélité, mais l’on constate le même taux chez ceux utilisant les méthodes naturelles pour des raisons écologiques. La troisième observation peut sembler bizarre mais est fort logique quand on se rappelle les rôles joués par les phéromones : c’est cette plainte qui revient sans cesse lors des séparations : « je ne supporte plus son odeur ! ».

            Dans ces conditions une simple application du principe de précaution voudrait que l’on recommande aux jeunes filles de ne pas trafiquer leur corps, ainsi en Angleterre l’usage de la pilule est courant dès l’âge de seize ans, souvent même treize ans et parfois onze ans ! Et l’on conviendra que ces questions méritent des études les plus sérieuses, même si beaucoup ne manqueront pas de protester au nom du « politiquement correct » et de la « liberté ». C’est un exemple parfait de la liberté de l’ignorant qui veut surtout ne rien savoir de ce qui pourrait lui être désagréable !

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Questions

 

            L’Institut National d’Etudes Démographiques (INED) publie un bulletin mensuel : « Population et Sociétés ». En mai 2002 l’étude présentée portait le titre : « Séparation et divorce : quelles conséquences sur la réussite scolaire des enfants ». Les conclusions étaient : A) Quel que soit le milieu social, la séparation des parents entraîne une perte de vingt pour cent des chances de faire des études supérieures. B) On aurait pu croire qu’avec la banalisation du divorce les enfants seraient moins affectés qu’auparavant. La réalité est tout autre et les écarts de réussite entre ceux qui ont connu la séparation de leurs parents et ceux qui en ont été préservés se maintiennent dans tous les milieux.

            Qu’en pensez-vous ?

            Je dirai bien sûr que je ne suis pas étonnée des résultats de cette enquête, mais par contre je l’ignorai totalement et je constate qu’elle n’a eu aucune publicité. Si vous pouviez me la procurer, je serai très intéressée.

            (On peut se procurer ce bulletin sur le site de l’INED : http://www.ined.fr dans la rubrique « publications »,puis « Population et Sociétés », le numéro de ce bulletin est 379).

 

            Que pensez-vous de ce que les radios appellent « Les gains irréversibles du féminisme ».

            Le féminisme a joué un rôle positif très important en améliorant progressivement la mentalité masculine et en faisant ouvrir des centres d’accueil, des crèches, des écoles maternelles, etc. tout ce qui est nécessaire pour qu’une femme puisse concilier une vie professionnelle normale et une vie familiale normale. Cependant d’une part ces équipements restent encore en nombre insuffisant et d’autre part il est souvent arrivé que les féministes exagèrent, par exemple en niant qu’un père puisse souffrir d’être séparé de ses enfants.

 

            Croyez-vous que beaucoup de femmes recherchent ou exercent un emploi par manque de confiance dans l’avenir ?

            C’est certain. Autrefois, c’était la peur de devenir veuve ; aujourd’hui c’est la peur du divorce, de la séparation.

 

            Croyez-vous que l’on puisse lutter contre le sida et les maladies sexuellement transmissibles en promouvant la virginité et la fidélité ?

            Oui, c’est possible puisque l’Ouganda l’a fait avec un succès remarquable : 30% des femmes enceintes y étaient séropositives en 1992, 10% seulement en 1999, alors que toutes les autres actions n’avaient eu que peu d’effet. (L’initiatrice de cette action, Madame Noerine Kaleeba, a vu son mari mourir du sida en 1986 avant d’en mourir elle-même quelques années plus tard). Cette question est très loin d’être marginale puisqu’en Grande-Bretagne aujourd’hui un jeune sur deux souffre ou a souffert d’une maladie transmise sexuellement.

 

            Le problème majeur de la société moderne est de concilier vie familiale et vie professionnelle. Cependant les Allemands ne croient pas qu’une femme le puisse, pour eux une mère qui exerce une activité professionnelle est une « Rabenmutter », une mère-corbeau qui ne saurait bien faire son travail. Qu’en pensez-vous ?

            Deux choses : A ) Le résultat est que l’Allemagne est, avec 1,4 enfant par femme, l’un des pays où la crise démographique est la plus grave et le vieillissement le plus prononcé ; le nombre des décès l’y emporte largement sur celui des naissances (une différence de 150 000 par an). B ) L’opinion allemande est en train de changer et des crèches s’ouvrent un peu partout dans le pays. Les Allemands ont enfin compris qu’ils ne pouvaient pas continuer à vieillir ainsi bien longtemps.

 

            Le problème des médias et du journalisme n’est-il pas « Du sang à la Une ! ». On privilégie les malheurs et les catastrophes.

            C’est vrai, les gens heureux n’ont pas d’histoire, mais n’oublions pas que les gens malheureux le sont à leur façon.

 

            Ce que vous avez dit sur la pilule et les phéromones est très impressionnant, cela ne manque pas d’avoir des conséquences importantes dans tous les domaines.

            Oui, ainsi le nombre très important des séparations entraîne un besoin accru de logements et l’on estime qu’en région parisienne cela contribue à près d’un tiers de la pression sur les prix d’appartement ! Aux Etats-Unis, 41% des naissances sont dues à des mères célibataires dont près de la moitié ne vivent pas en couple… Il est vrai que l’aide aux mères célibataires que nous connaissons a aussi un effet pervers : elle pousse aux séparations ou a la dissimulation de la vie en couple, c’est ainsi qu’elle est souvent attribuée aux secondes épouses des polygames africains vivant en France.

 

            Pour terminer je dirai que j’ai assisté à l’UNESCO à une conférence intitulée « Sciences de la Vie et de la Terre », une conférence affligeante qui analysait les problèmes que vous avez abordé dans vos questions avec un point de vue hélas très politiquement correct, et une catastrophe comme le tsunami de décembre 2004 y était considérée avec  ambigüité, n’allait-elle pas dans « le bon sens » en diminuant le nombre des êtres humains !

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