Groupe X-Démographie-Economie-Population

Exposé du mardi 11 janvier 2011

Les mutations récentes de l’idée de maternité

 et les conséquences sur la fécondité.

 

Par Madame Catherine Rouvier,

Professeur de Droit Public et de Sociologie Politique à Paris 11 Orsay*.

         Mesdames , Messieurs,

       

       

Merci à Monsieur Marchal de m'avoir invitée à parler devant vous ce soir. Avant de discourir du thème que je vais aborder je vais dire quelques mots de l'itinéraire qui m'a mené des études de droit à l'étude des phénomènes de société

           

Titulaire à 21 ans, après un bac de lettres classiques, d'une maitrise de Droit privé, j'ai intégré "sciences po" et poursuivi parallèlement deux diplômes d'études supérieures , l'un de droit public , l'autre de sciences politiques à l'Université de Paris II ( Panthéon -Assas). J'ai commencé à y enseigner à 24 ans et parallèlement, à rédiger une thèse de doctorat d'Etat sur "la mesure de l'irrationnel en politique ou les idées politiques de Gustave Le Bon" pour lequel j'ai eu l'honneur de recevoir  un prix de morale et de sociologie de l'Académie Française . Peu après le doctorat j'ai intégré le Barreau de Paris Mes recherches et à mon enseignement se sont donc orienté depuis des années maintenant dans deux directions complémentaires mais distinctes : le droit public et la sociologie. Ainsi j'enseigne aujourd'hui à l'Université de Paris Sud (Paris XI Orsay) à la fois les grands problèmes politiques contemporains, la théorie du droit, le droit de l'Union Européenne, la sociologie politique et la sociologie des relations internationales.                  

Parallèlement j'ai toujours dispensé des conférences ou fait des articles sur des sujets de société et notamment sur la place de la femme et de l'enfant sur la société. C'est à ce titre du reste que je suis intervenue dans le récent colloque qui a attiré l'attention de monsieur Marchal.

Pourquoi les Européennes font elles si peu d’enfants ?  A cette question Yves-Marie Laulan, le président de l’Institut de Géopolitique des Populations, a en effet voulu apporter des réponses en organisant  un colloque au printemps dernier ayant pour thème  « Les femmes devant le déclin démographique » et pour intervenantes des femmes ministres , professeurs d'université , militantes politiques ou chercheurs .C'est à cette occasion que j'ai pu exposer pour la première fois le résultat de mes recherches sur ce sujet, en m'attachant à chercher les causes de ce déclin démographique non pas seulement dans les progrès scientifiques ( généralisation de la contraception ) ou dans l'élévation du niveau de vie , traditionnellement avancés comme causes premières , mais dans les mutations de l'idée même de maternité .

           

En effet, ainsi que l'écrivait Voltaire "l'opinion dirige le monde et les philosophes dirigent l'opinion" . Ce phénomène, réel des le XVIIIème siècle s'est encore accentué du fait de l'émergence de "médias" qui sont autant de relais et d'amplificateurs des idées en vogue.

 

Mais ces idées, écrivait au XIXème siècle  Gustave Lebon -auteur de "psychologie des foules" , petit précis de manipulation politique lu avec attention par les plus grands dictateurs -, si elles dirigent le monde , le dirigent de fort loin . Il faut en effet cinquante ans en moyenne pour qu'une idée neuve venue des hautes sphères intellectuelles où elle a été conçue descende jusque dans les milieux populaires et devienne alors aussi forte qu'une "nouvelle religion".

Ainsi  le « Manifeste du parti communiste » de Marx a-t-il été écrit en 1848, mais  la première "Internationale socialiste" ne s'est-elle réunie qu'en 1864 et la révolution russe, après une esquisse en 1905, n'a-t-elle véritablement éclaté qu'en 1917.

Les mutations de l'idée de maternité elles aussi cheminent depuis longtemps en Occident.

Mon propos ne saurait être ici de retracer toute l'histoire de cette marche qui nous a menés de la négation du bonheur de l'enfantement par Simone de Beauvoir ( "les mémoires d'une jeune fille rangée ", "le deuxième sexe") dans les années 50 jusqu'à la revendication actuelle d'indifférenciation sexuelle généralisée portée par Elisabeth Badinter ( "L'un est l'autre") et ses homologues américaines. Il y faudrait, plus qu'une simple conférence, un cours entier, comme cela se fait du reste dans les universités américaines sous le nom de " gender theory" !

 

Je me limiterai donc ici au repérage des points importants de cette évolution de l'image  de la mère, elle même liée à celle de la femme, du couple et des pratiques sexuelles (I) et à un bref examen des idées qu'il faudrait leur opposer pour en restaurer l'image (II)

 

La première des idées à promouvoir est si simple que cela pourrait paraître superflu, et pourtant      elle est aujourd'hui on va le voir totalement niée : la maternité n'est pas identique à la paternité. Partons du sens des mots  De "mater" a été forgé « maternage». Existe-t-il un «paternage» ? Non, mais un «patronage», et tandis que le «maternage » évoque la douceur et la chaleur de bras qui vous bercent tendrement, le «patronage» évoque l’action, le jeu, l’activité extérieure, collective, sociale.

Mater a aussi donné « matrice », quand pater donnait « patrie ». Or la matrice est le lieu secret de la confection, de la création, alors que la patrie est pour l’enfant sorti de la matrice le lieu extérieur de rattachement. Il y a pour l'équilibre de tout enfant ce double rattachement. Le rattachement intérieur, intime, à la mère, et celui qui, par le père ; ouvre sur le monde.

La seconde idée en voie d'extinction est la noblesse, la sacralité de l'enfantement et donc de la fonction maternelle .

 

Quand Gustave Courbet, le peintre des rivières glacées du Doubs, se hasarde à aborder les régions chaudes du corps féminin, à les peindre et à leur donner pour titre "L’Origine du monde", il énonce une vérité, ou au moins une partie de la vérité. L'Ève biblique, frivole, toute de curiosité et de désir, est aussi l’être souffrant et sublime par qui l’homme vient au jour. Celle qui dans l'iconographie chrétienne "écrase la tête du Démon". Celle aussi par qui Dieu vient à 'homme. Au reste dès l’Antiquité dans notre civilisation ( en Gaule à travers les « déesses mères » gallo-romaines que chacun honorait dans sa propre maison ), la mère est célébrée, fêtée, priée.

Or l’incommensurable noblesse, le caractère essentiel et quasi divin de la fonction maternelle, encore perceptible dans les sociétés moins développées, moins matérialistes, moins mécanisées que la nôtre  ne sont plus perçus dans nos pays présumés civilisés.

Pire, elle est cachée comme une survivance des temps anciens, une faute de goût, que ne commettent plus des femmes libérées, une occupation subalterne pour femmes désœuvrées, une preuve d’esclavage, la conséquence désastreuse d’une éducation encore fondée sur le schéma périmé de la différence homme/femme.

C’est cette mutation de l’idée de maternité qui, autant et peut-être plus encore que les causes matérielles, scientifiques et techniques, est à l’origine de cette baisse drastique de la natalité.

I. Les étapes de cette évolution du regard sur la maternité

1. Sa devalorisation

On peut relever à l'origine de ce changement trois attitudes caractéristiques de notre époque : l'hédonisme, l'esthétisme et le féminisme politique

A. Hédonisme et esthétisme

La fonction "plaisir" a tout recouvert. Sur les images publicitaires, la femme a nécessairement la taille mince et le ventre plat.

Devenue exceptionnelle, la maternité, qu’on a affublée du vilain mot de « grossesse », donne lieu à des habits spéciaux faits dans des boutiques spéciales, qui s’ingénient à gommer la bosse disgracieuse. Pour une hôtesse de l’air, un mannequin, une actrice, mais aussi pour toute femme désireuse de plaire, la « grossesse » est d’abord une catastrophe esthétique.

B. Féminisme politique

Pour Simone de Beauvoir, première théoricienne de l’"a-maternité", cette catastrophe esthétique en annonce d’autres, plus terribles encore : le mariage – viol légal et répété – et le cortège de couches, odeurs de lait, insomnies, bref, la fin de l’égoïsme joyeux…

Combien plus noble, exaltante, valorisante est la création littéraire, artistique. Combien plus exceptionnelle aussi, alors que créer un être humain est à la portée de toutes.

Création surtout qui peut se faire seule et ne nécessite pas la fécondation masculine. Ève n’a plus besoin d’Adam pour cueillir le fruit de la connaissance. L’idéal du "women’s lib" était d’ailleurs que la femme n’ait plus besoin de l’homme pour rien. À ce titre, la maternité faisait horreur aux plus engagées. Car elle est le lieu de la rencontre durable de l’homme et de la femme. Puisque l’enfant ne peut, comme le petit faon ou le petit chat, partir découvrir seul le monde dès la fin de son deuxième mois d’existence, la maternité est  indissociable du couple et de la famille.

La charge actuelle contre l’institution du mariage, contre son sens profond, qui est d’abord de protéger la procréation, elle-même consécutive à l’acte amoureux, ne peut que passer par une chape de silence sur la fonction maternelle. Célébrer la maternité, c’est célébrer l’homme, l’homme puissant, l’homme fécondant.

Or, l’homme puissant, l’homme fécondant, ne peut être que dominateur. Et la femme, dans la relation qu’elle a avec lui, ne peut être que battue, dominée, esclave. Par une déformation idéologique en tous points semblable à celle du marxisme, le féminisme militant inscrit l’histoire des femmes dans la seule guerre des sexes.

Pour la faire cesser… il suffit de supprimer la différence sexuelle.

2. Sa "déconstruction"

Déconstruire est le  maître mot de la philosophie contemporaine,. Or pour déconstruire efficacement, il faut au préalable  dissocier ce qui constituait les éléments d'un tout.

Cette dissociation a commencé il y a un peu lus d'un siècle.

Le divorce a été la première étape. Il fut, de fait, une liberté nouvelle pour la femme , mais aussi - et surtout - pour l'homme, et cette liberté s’est bien souvent retournée contre elle. Et contre les enfants. Des générations d’enfants l’ont payée très cher, parfois de leur propre bonheur, meurtris dès leur plus jeune âge par le spectacle désolant de la fin de l’amour et du début de la « logique de guerre » entre un père et une mère qu’ils aimaient pareillement.

L’offensive actuelle porte sur d’autres points dont on perçoit mal encore les conséquences : la dissociation de la fécondation et de l'acte amoureux (A) la dissociation des notions de couple et d’altérité (B)

A. Dissocier la fécondation de l’acte amoureux

Les moyens d'éviter une fécondation non désirée (contraception, avortement, préservatif ) ne sont pas mis en cause ici en tant que tels ,car la décision d'avoir ou de ne pas avoir un enfant appartient a chacun en toute liberté . Mais ce qui l'est, c'est   la propagande d'Etat permanente et omniprésente pour inciter à y recourir qui influe aussi sûrement sur le psychisme des jeunes gens et jeunes filles que telle publicité destinée a provoquer les achats compulsifs de telle denrée. Il y a dans les conséquences de ce choix politique fait par les pouvoirs publics dans un désir légitime d'"éduquer" les jeunes un dégât "collatéral" important qui est une image  terrifiante et très peu romantique de l'acte amoureux réduit à la "sexualité", une sexualité dont il importe avant tout de juguler les effets dangereux et les conséquences désastreuses par des moyens "phares" prônés sans relâche sur les murs du métro comme dans les écoles: avortement , contraception , préservatif .

 

Contraception , avortement

«Sexualité, contraception, avortement, mon choix, mon droit, ma liberté»Tel est le message adressé par la propagande très officielle du ministère de la santé à nos adolescents sur l'amour. Cela  sonne comme un slogan syndical, ou comme une déclaration de guerre, et pourrait expliquer bien des impuissances et des frigidités.

Mais c'est aussi un manifeste. Celui du féminisme politique et militant importé des Etats-Unis qui a voulu, avant tout, dissocier le ventre de la femme de la semence masculine. « Nos ventres sont à nous », scandaient celles qui revendiquaient, en 1976, la liberté totale d’avorter.

 

L’homme n’a plus alors que le geste auguste de l’ensemenceur….Après… il ne saura rien du sort de la semence. Le plus souvent, il sera ravi de n’en rien savoir. Mais, parfois, il voulait être père et ne pourra pas l’être. L’interrupteur de grossesse est dans les mains de la seule mère. La femme, même possédée et fécondée, reste une « machine célibataire ».

Rien à voir avec la légitime décision prise à deux, en couple, d'avoir ou de ne pas avoir un enfant . Nous sommes là face à  principe intangible et absolu. Un mode d'emploi officiel et surtout unilatéral, solitaire, de la relation amoureuse.

Un des effets pervers de cette revendication permanente et absolue de dissociation de l'acte amoureux et de la fécondation, c’est que l’homme compte sur cette prise en charge par la femme de son corps, et donc de sa fécondité, et va prendre comme un outrage l’annonce par sa femme, ou petite amie, qu’elle est enceinte.

On entend trop souvent les hommes accuser les femmes de « faire des enfants toutes seules ». Or, en dehors des féministes militantes, celles qui les font toutes seules, les font ainsi parce que le géniteur n’a pas accepté d’être mari et/ou père.

*Le dieu préservatif.

Là encore mon propos n'est pas de nier les vertus du préservatif en tant que protection contre le VIH ou autre maladie sexuellement transmissible. Mais encore une fois il devrait s'agir de décisions prises seul, en famille ou chez le médecin et non d'un envahissement de l'espace public.

Le bout de caoutchouc, qui dissocie la semence du ventre de la femme, est  devenu objet d’art érigé partout, dieu vivant qu’on doit protéger des outrages, et il est défendu dans toutes les tribunes par les plus ardents avocats. Pour avoir percé l'un de ces préservatifs géants dressé fièrement par le maire à l'entrée de sa ville, parce qu'il trouvait cela indécent surtout à proximité de l'école ou il emmenait son enfant , un habitant d'une commune proche de Paris s'est vu condamné à 9000 euros d'amende (coût du dit ballon ) .

Il y a une raison à cela. Légitimement distribué pour pallier les dangers sanitaires de la relation occasionnelle ou de la  sodomie – elle-même beaucoup plus tendance que l’acte fécondant –, le préservatif en est devenu l’emblème, le drapeau. Le ballon publicitaire gonflé à l’hélium, partout exhibé, est devenu le trophée de la victoire de l’homosexualité sur l’hétérosexualité. Or cette promotion de l'homosexualité a aussi une forte influence sur l'image de la maternité et participe d'un autre projet : dissocier le couple de l'altérité homme femme

B. Dissocier couple et altérité

Dès les premiers ravages de SIDA, au début des années 80 se sont créées des associations "gays" selon la terminologie américaine dont elles s'inspiraient (comme du reste les féministes en leur temps ). Les deux causes se sont d'ailleurs rejointes dans la mesure où l’homosexualité féminine est volontiers prônée par le féminisme militant. Une femme qui vit avec une femme ne sera jamais enceinte ou mère sans l’avoir voulue. Si elles le désirent, elles auront recours à une semence offerte, ou vendue, par un inconnu qui ne risquera pas ainsi d’exercer des droits sur la mère et sur l’enfant. En Scandinavie, un projet d’enfant peut se réaliser rapidement : Internet et une carte bleue suffisent. Le sperme est vendu en ligne et on choisit le donneur anonyme en fonction d’une photo de lui enfant mise sur le site dédié à ce type de "commerce"!.

À ce lesbianisme militant fait écho la promotion de l'homosexualité masculine. Elle offre les mêmes avantages : aucune paternité surprise. Deux hommes sont libres de leur plaisir, sauf s’ils souhaitent expressément un enfant : ils auront alors recours à la location d’utérus ou à l’adoption.

Ces femmes qui acceptent d’avoir un enfant dont elles ne seront pas mères  pour de l’argent, (sorte d'esclavage moderne plus triste encore peut-être que la prostitution…) participent elles aussi à cette dissociation à la fois de l'amour et de l'acte fécondant et de l'image du couple et de l'altérité .

Les victimes sont une fois de plus les enfants qui passent, on le sait, des années à la recherche du parent donneur ou porteur dont on a si soigneusement effacé les traces …

Dans tous les cas on a , avec cette vision mécaniste et utilitariste du ventre féminin et de l'acte sexuel , avec leur instrumentalisation  en vue de donner à des comportements sexuels par nature non fécondants des conséquences parentales et familiales des modifications insidieuses mais tout à fait réelles de l'idée de maternité

II. Que faire , que dire pour "remettre l'image à l'endroit "?

Il faut donner la parole aux femmes , il faut sensibiliser les politiques, il ne faut pas craindre de contredire les discours actuellement dominants d'intellectuelles militantes .

1. Donner la parole aux femmes

C'est ce qu'a fait YM Laulan et c'est ce que vous faites, et il faut continuer à le faire

Car le plus étrange dans cette affaire est le silence des femmes.

On n'entend plus que les hommes ou les femmes militantes évoquées ci-dessus. Les autres sont comme "sidérées" par ce procès fait à la maternité, et parfois ont honte et se cachent …

Il est temps pour elles de parler et de protester.

Concernées au premier chef, elles seules auront les mots nécessaires pour réveiller les consciences endormies

Que dire ? Quelques pistes ...

Dire  le bonheur de la maternité;  refuser cette omniprésence obscène du préservatif dans l'espace public au lieu d'encourir des amendes en les détruisant pour réserver l'innocence de leurs enfants ; revendiquer haut et fort , après le droit de ne plus être mère quand elle veut , celui de l'être quand elle veut ; demander le maintien des dimanches et des jours fériés pour que soient possibles demain comme hier les réunions familiales ; protester contre les campagnes soi disant "contre l'homophobie" en réalité prosélytes en faveur de l'homosexualité au sein des écoles …

* Dire le bonheur  de la maternité

          Il est temps que les femmes disent que la maternité est aussi l’éblouissante sensualité de l’union des corps pendant la période féconde, celle qui va du septième au quatorzième jour du cycle.        

          Il est temps qu’elles disent la force du plaisir que leur procure l’enfant qui tète, l’inouïe sensualité de la bouche enfantine suçant le mamelon hypersensible. Et le sentiment inégalé de plénitude, d’importance primordiale de leur être, de pleine justification de leur existence que procure cet acte charnel ou elles donnent à un autre être qu’elles-mêmes deux choses des plus vitales : le lait et l’amour.

* Refuser la dictature du préservatif

Il est temps de rejeter la dictature du préservatif. Indispensable outil des tristes amours anales, précaution recommandée à ceux qui pratiquent vagabondage et tourisme sexuels, protection occasionnelle contre une grossesse non désirée, il est devenu l’impératif absolu et continuel recommandé à tous, glissé dès la puberté dans les cartables, accessible par distributeur dans les écoles, et il induit très tôt chez les enfants , outre une vision libertaire des rapports amoureux, les idées dissociatives évoquées plus haut.

* Revendiquer, après le droit de ne plus être mère, celui d'être mère …

Les statistiques le disent : les femmes veulent en majorité trois enfants. Or en France la moyenne est de I,8 par femme….De ce désir d'enfant trop souvent refoulé viennent sans doute les "ratés" contraceptifs . 230.000 femmes par an ont recours à l'avortement ( contre 160.000 au début de l'application de la loi qui l'autorise) . Outre le déficit démographique qu’elle induit (7 millions en 30 ans) cette situation  implique d'infinies détresses, des  renoncements répétés à la joie d'une naissance, car les femmes ne le font pas toujours volontairement , loin de là .

De fait, le « un enfant quand je veux » se trouve souvent, par la suite, confronté au « quand mon mari veut » ou « quand mon patron veut ». Il n'est pas rare de voir jusqu'à 4 avortements par femme. Parfois, après, il est trop tard, et bien des femmes tentent avec insuccès à 40 ans , leur carrière faite , d'avoir enfin l'Enfant  et n'y parviennent pas

*Refuser la disparition programmée du dimanche.

Défendre le dimanche , lui redonner au dimanche toute sa place et tout son sens. Jour du Seigneur , jour de repos après l’œuvre créatrice, c'est aussi le  jour des joies simples, des promenades familiales .Le dimanche est le jour du bonheur  de la mère autour de laquelle la nichée se rassemble. Pas forcement par nécessité. Certains n’habitent peut être plus là. Mais pour le plaisir, le bonheur, la reconnaissance de tant d’années d’amour et de dévouement.

*demander à voir le contenu des films projetés aux enfants dans les écoles au nom de "la lutte contre l'homophobie" .Certains montrent des garçons s'embrassant à pleine bouche au fond du car scolaire sous l'oeil de leurs camarades attendris … Alerter les pouvoirs publics sur ces dérives propagandistes qui ruinent insidieusement l'image du couple, de la sexualité et par là même de la maternité .

B. Sensibiliser les  politiques

Il faut saisir plusieurs opportunités dans le débat politique pour parler de l'utilité de la maternité, du bonheur de la maternité , ou encore pour dénoncer  les propagandes qui y portent directement ou indirectement atteinte .Les sujets ne manquent pas :  retraites ,écologie ...

  les retraites

Le débat sur les retraites a envisagé toutes les solutions : augmenter l'âge de départ, augmenter les cotisations, relever le seuil du départ "à taux plein" . Toutes les solutions sauf celle qui tombait sous le sens : faire plus d'enfants. Alors il faut lever l’interdit, le tabou, dire la chose que personne n’ose dire, parler de natalité, de politique nataliste, voire « familialiste ». Et refuser le piège récurrent de la "réductio ad Petainum », variante de la "réduction ad Hitlérum" pour des journalistes en mal d'arguments. La politique nataliste de Pétain anticipait, hélas, sur la mort de tant de jeunes gens à la guerre. De fait, son action poursuivie après la guerre, eut pour conséquence le « baby boom » des années cinquante. En Europe où ne cesse-t-on de nous dire, il manque des millions de travailleurs , une  politique nataliste se justifierait pleinement .

– L'écologie

L'écologie est à la mode et c'est tant mieux. Encore ne doit elle pas être seulement tournée vers la protection du regain animal, végétal ou minéral mais aussi vers celle des humains. Nos enfants ne souffrent pas ici de malnutrition ou du travail forcé, amis, ils souffrent de l'inconciabilité du travail féminin et d'une maternité pleinement et durablement assumée.

A ce titre il ne faut pas manquer de dire combien il est bénéfique pour la santé physique et psychique de l'enfant d'être nourri par sa mère le plus longtemps possible, au delà du congé de maternité légal. D'où l'importance soit des crèches d'entreprise où la mère peut se rendre plusieurs fois dans la journée, soit de la non pénalisation en termes de carrière des femmes qui prennent un congé parental. Il faut aussi vanter aussi sans fausse pudeur les merveilles de l'allaitement pour les parents  Quoi de plus délicieux pour un couple, pour peu que la mère ait accouché à la belle saison, que d'emmener le nouveau-né au bord de la mer,…Après s'être baignée, la mère peut le nourrir sans  biberons au bisphénol A cancérigène, sans stérilisateur…Tout est prévu par la nature : température constante, ajustement automatique des quantités… un rêve d’écolo …Mais aussi un rêve de parents !

C. Oser s'opposer au  discours savant des grandes prêtresses de l’anti-maternité

Si l'on veut changer l'image négative de la maternité il faut contre-attaquer, traquer l’hypocrisie, des discours convenus, dénoncer le cliché facile et affirmer bien haut qu’on peut être écrivain, peintre, professeur, normalienne, avocate ou polytechnicienne ET mère heureuse d’être mère, avortée triste d’avoir avorté, divorcée triste d’avoir divorcé, épouse, heureuse d’être épouse, amoureuse d’un homme et non d’une femme et heureuse qu’il en soit ainsi…

         

Il faut dire en face à Élisabeth Badinter que non, « l’un n’est pas l'autre », et aux mânes de Simone de Beauvoir qu’il est faux de dire qu’« on ne naît pas femme, on le devient ».

         

Il faut dire bien haut que soutenir cette opinion, quelque grande intellectuelle qu’on soit, c’est montrer qu’on n’ose pas transgresser un tabou. Ou qu’on a perdu la mémoire...

         

Car c’est dans la souffrance d’un ventre douloureux et d’une blessure intime d’où le sang coule inexplicablement que la petite fille apprend très tôt, dès l’âge de onze ans parfois, qu’elle est une femme , qu’elle n’a pas le choix de le devenir ou non , qu’elle l’est, quoi qu’elle dise ou fasse. Car ce sang qui va couler chaque mois pendant quarante longues années, c’est le prix que la nature a fixé pour qu’elle puisse enfanter. Qui osera dire, après cela, sans rire, que la fille est « comme un garçon » ?

         

Dire en face à Caroline Fourrest, grande prêtresse de l’homosexualité féminine, qu’être lesbienne n’est pas forcément LA solution. Que c’est parfois le résultat d’un drame, d’un dégoût de l’homme, qui peut venir d’un dégoût du père. Que c’est parfois le résultat d’une expérience intervenue avant la fin de la maturation sexuelle, qui fait sceller définitivement ce qui ne devait être qu’un passage par le stade narcissique où l’on aime un autre soi-même.  Que cela ne rend pas à tout coup heureux. Et que cela  n’a pas à être érigé en mode de vie  modèle pour les enfants.

         

Leur dire aussi à toutes que, non, l’avortement n’est pas qu’une liberté. Que, non, y recourir n’est pas seulement moderne, mais aussi barbare. Que c’est une automutilation, que ça signe souvent la fin d’un couple, la fin de l’amour. Qu’on peut un jour regretter amèrement de n’avoir pas donné la chance de vivre à cet enfant-là dont on ignorera à jamais le visage et le nom.

         

Que, non, le divorce n’est pas forcément la libération, mais ressemble plutôt, trop souvent, pour la femme, à la double peine : tu enfanteras dans la douleur… et, en plus, tu travailleras à la sueur de ton front sans le secours et le recours de l’homme.

Conclusion

Je n'ai donné ici que quelques pistes, à compléter et poursuivre,  mais il est impératif et urgent de construire un nouveau discours face à ce déni social de maternité, car combattre le féminisme ne suffit pas.

Le féminisme  a  son utilité car il y a des femmes battues, trompées, violées, réduites à l’esclavage, enfermées, infériorisées, humiliées, maintenues en état de minorité juridique et financière, infibulées, excisées, voilées, engrossées jusqu'à ce que mort s'ensuive par des maris alcooliques, fouettées, lapidées…L’horreur existe et le discours féministe a son utilité car il est un discours de combat contre ces injustices-là. Dans nos sociétés mêmes du reste, la femme a mis du temps à conquérir la simple possibilité de faire des études longues, du sport, de passer certains concours, d’exercer certains métiers, de voter, d’être payée autant que les hommes. Et, oui, on doit se féliciter de ces conquêtes.

Il ne faut donc pas le combattre, mais offrir un argumentaire parallèle au sien, qui ne s’adresse pas aux mêmes femmes, ou pas au même moment, ou pas au même lieu.

Et ce discours doit être celui qui vante la maternité, qui la relégitime, qui en fait un droit, et pas seulement un devoir, un bonheur et pas seulement une charge.

Car  la solution offerte par le féminisme militant actuel : faire de la femme l’égale de l’homme au sens de « identique » à lui, est destructrice. Elle empêche certaines femmes d’avoir les enfants qu'elles  voudraient  avoir  et les condamne à une productivité et un carriérisme stérilisants qu'elles n'ont pas toujours conscience de poursuivre au détriment d'autres choix affectifs, et de leur féminité.

Plus encore: cette confusion homme/femme est comme un alibi qui empêche la société, le pouvoir, d’imaginer les solutions permettant de concilier travail et maternité, responsabilités sociales ou politiques et maternité.

Jusqu'ici la femme qui veut faire carrière n'a donc qu'un choix : ne pas avoir ou avoir très peu d'enfants.

 

C'est ce qu'il faut changer.

Le temps est venu d’un féminisme de troisième génération.

Ce féminisme devra en finir  avec la tyrannie de la théorie du "genre" qui n'est autre qu'un mythe récurrent, celui de l'indifférenciation sexuelle.

Réhabilitant la femme dans sa pleine dimension, il  lui permettra  d’être égale aux hommes  tout en restant différente. Il saura concilier modernité et maternité.

 

Questions

            N’y a-t-il pas contradiction dans le fait de considérer comme très moderne la possibilité d’acheter de la semence masculine sur catalogue et dans un anonymat parfait, et celui de déclarer qu’un enfant a un droit inaliénable à connaître ses origines ?

            Bien entendu, c’est contradictoire. Il est normal qu'un enfant veuille connaitre sa filiation et cela arrivera aussi pour les donneurs de sperme ou d'ovules

           

            Que pensez-vous des campagnes « contre l’homophobie » dans les lycées ?

            Je trouve que ces campagnes sont trop souvent du pur prosélytisme.

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